08.05.2009

Jacques B, enquête sur un tueur en série (création janvier 2011)


Le suivi de l'enquête sur alarecherchedejacquesbonneau.blogspot.com/


Après une immersion dans le monde social et politique, avec « Sortie d’usine » et « Inventaire 68 », Nicolas Bonneau continue d’interroger notre société, et cette fois-ci, il s’attaque au fait-divers.

Le fait-divers, comme le roman noir, dévoile la face cachée des choses, de la société, de l’être humain.

Malgré nos réticences (parfois) au voyeurisme, les faits-divers nous fascinent, car ils réveillent une part enfouie de nous-même. Lequel d’entre nous n’a pas un jour refreiné une pulsion ou une pensée hors la loi ? Quelle est notre propre barbarie ? Pourquoi certains passent à l’acte ?

Pour traquer le fait-divers, Nicolas Bonneau a choisi de s’attaquer au parcours d’un tueur en série ; non pas pour dresser un portrait complaisant de ce cas extrême, mais pour enquêter sur tout ce qu’il y a autour, les familles, les victimes, questionner la justice et la société.

Et aussi raconter une enquête —noire, burlesque et palpitante, celle du conteur roulant en Picardie sur les traces de Jacques B. et qui ne sait ce qu’il va découvrir…


L'ÉLÉMENT DÉCLENCHEUR

« Un soir, en regardant une émission sur les tueurs en série à la télévision (le serial-killer est à la mode ces temps-ci), j’ai vu apparaître la photo d’un tueur qui avait sévi en Picardie, à la fin des années 80.
Un homme qui portait le même nom que moi. Bonneau. Prénom Jacques. La voix off du documentaire répétait sans cesse son nom, mon nom, qui résonnait dans la pièce, et à chaque fois je ne pouvais m’empêcher de sursauter et de vouloir éteindre le poste devant la liste de ses crimes et à chaque fois, je restais fasciné par l’écran. À partir de ce soir-là, mes nuits se sont faites plus blanches, les cauchemars sont devenus plus présents ; je ne pouvais m’empêcher de penser à lui. On aurait dit qu’il m’envahissait. Qu’avait-il à me dire ? Et puis un matin, j’ai pris ma voiture et je suis parti. À sa recherche. Parcourir la Picardie en voiture. De chambres d’hôtels en restaurants routiers. Aller à sa rencontre. Sur ses traces. Rencontrer ceux qui l’avait connu, ses parents, son avocat, les parents de ses victimes, un chroniqueur judiciaire… et j’ai atterri devant sa prison… Je m’imaginais face à lui, le monstre, comme devant un miroir, fasciné par mon double noir, mon propre monstre et mon frère humain pourtant… »



ROAD-MOVIE

C’est un road-movie français
C’est mon western
Mon film de guerre
Mon Apocalypse Now
Ma plongée au cœur des ténèbres
Mon enquête du commissaire Adamsberg
Mon côté obscur de la force
C’est une plongée vers l’intérieur
La part animale
La part sombre
Tout ce qui fait aussi l’Homme

C’est un road-movie physique et mental
à la recherche de mon propre monstre

C’est un voyage au centre d’un pays,
jusqu’à s’y enfoncer de plus en plus et devenir ce pays

S’enfoncer au centre d’un monstre
Devenir ce monstre, devenir ténèbres
Pas pour pardonner
ou excuser
ou être complaisant avec l’horreur et la douleur
Mais pour tâcher de comprendre cette part de notre humanité

Que ça rentre dans l’âme et le corps
S’oublier
S’enfoncer dans la nuit
Se perdre dans une forêt profonde
Dans cette horreur si inhumaine qu’elle contient peut-être une parcelle d’explication sur ce que nous sommes


METTRE LE MONSTRE EN SCÈNE

Au journal télévisé, les présentateurs et les reportages égrènent les faits- divers, les uns après les autres, jusqu’à rendre cela inaudible.
Le monstrueux devient banal. En les mettant sur une scène, le monstre redevient effrayant et humain et nous montre ce que nous ne voulons pas voir chez nous-même.

Autour d’une scénographie représentant un élément central lié à la route, le conteur alterne récit, narration, adresses directes au public, confidences, incarnation de personnages et de situations.

Des couches qui se superposent et s’imbriquent les unes aux autres.
Le son et la musique qui agissent comme des révélateurs physiques et émotionnels.
Une mise à distance crée par des moments de sonorisation au micro pied.
La lumière qui crée l’ombre et la lumière.
L’enquêteur se met lui-même en scène, raconte son enquête, passant du grave à l’humour des situations.

Il y a l’enquête, le trajet, la forme du Road-Movie
Il y a la matière humaine, fruit du collectage, du regard, des rencontres.
Il y a le thriller, polar noir, l’histoire du tueur.
Il y a la parabole, celle qui rejoint le mythe et la quête intérieure.




TENTATIVE DE DÉFINITION D’UN MONSTRE

Le premier sens du mot Monstre vient de montrer, faire paraître au regard. Cela peut désigner un être au physique et aux mœurs étranges. Un être de légende, être mythologique. Quelqu’un de bizarre, d’extraordinaire, de prodigieux.

Et puis, il y a le Monstre qui dévore l’intérieur, celui qui franchit les frontières du mal, qui passe au-delà des règles sociales. Le barbare. Celui que nous ne voulons pas voir. Celui qui nous dégoûte en même temps qu’il nous fascine.

Les tueurs, les assassins, les monstres, les bourreaux, le diable…
Eux dont la télévision et la presse se délectent. Ils nous montrent quelque chose de nous-même. Quelque chose de nous que nous ne voulons pas voir. Qu’ont-ils à nous dire de notre part d’ombre ?

Les monstres nous dérangent, nous perturbent, parce qu’ils font parti de nous, qu’ils sont humains comme nous, qu’ils ont franchi la frontière du mal, se sont affranchis des règles sociales, les monstres nous font peur, parce que nous avons peur de nous-mêmes, peur de notre propre monstre, celui qui attend, là, tapi dans le noir, que nous lui laissions la possibilité, soudain, de prendre le pouvoir.


LE TRAJET ( REGARDER)

Qui dit Road-Movie, dit voiture. En voiture, on est dans le mouvement, on s’arrête, on repart, on regarde, on tourne la tête, et on voit autre chose. Quand le regard du conteur rejoint le procédé cinématographique, le paysage devient décor, la route devient la métaphore du fleuve noir remontant vers la sauvagerie, celle qui se trouve à l’intérieur de chacun.


LES PARCELLES DE LA MÉMOIRE

« Quand quelqu’un commet un crime, une horreur jamais commise jusque-là, alors il ouvre un tunnel et d’autres s’y engouffrent.

Quand on voit quelque chose de monstrueux, quelque chose s’en détache et reste en vous. Toute chose très belle ou très laide abandonne un fragment d’elle dans les yeux de ceux qui les regardent. On sait cela. C’est d’ailleurs comme cela qu’on les reconnaît. À cette parcelle qui demeure. Et après, on les range, ces petits bouts de choses qu’on a vues, on les dispose en étoile dans un grand carton qui s’appelle la mémoire. Impossible de les jeter. La mémoire n’a pas de poubelle. »


Fred Vargas



ENQUÊTER, COLLECTER, GLANER

Le collectage sera de nouveau au cœur de l’écriture, mais cette fois –ci, conduit comme une enquête, sur les traces du tueur. Ses lieux, ceux qui l’ont connu, croisé.
Des rencontres, avec des journalistes, des victimes ou parents de victimes, chroniqueurs judiciaires, brigade anti-viol de Paris qui assure notamment le suivi des victimes, avocats…
Des ateliers d’écritures dans les prisons.
Le tout rythmé par une auto-collecte sous la forme d’un journal de bord filmé.


LES MYTHES

Les mythes fondateurs d’avant les grandes religions monothéistes regorgent de monstres : mythes grecs, mésopotamiens, nordiques, amérindiens.
Les mythes sont les représentations des questions que les hommes se posent sur eux-mêmes et sur la Barbarie, ils sont une tentative d’explication de ce que nous sommes capables d’êtres. Ils permettent de penser l’impensable, ils disent ce qui a été et ce qui se reproduira. À la à la fois proche et loin de nous, le mythe propose une vision du monde ou le bien et le mal sont intimement liés, indissociables.

 

 


EXTRAIT : PETITES PEURS INTIMES

« C’est la peur de l’autre qui engendre des systèmes de défense qu’on appelle folie.
C’est la peur qui nous fait perdre conscience
et c’est aussi la peur qui nous rend lâche
Elles sont là
Enfouies
En nous
À l’intérieur de nous
Viennent de loin
Depuis longtemps
Viennent de loin
Depuis la nuit des temps.
Viennent du dedans.
Elles sont là
Enfouies.
En nous.
Elles...
Ce sont nos sales vieilles peurs

J’ai peur
J’ai peur que la peur me fasse peur d’avoir peur

j’ai peur des hommes
j’ai peur des femmes
des enfants
j’ai peur de ne pas pouvoir payer ma prochaine facture d’électricité
j’ai peur de tomber
j’ai le vertige
y’a trop de monde ici
j’ai peur de ne pas me réveiller
j’ai peur du monstre qui est en moi
j’ai peur d’être un monstre
est-ce que je suis un monstre ?
j’ai peur de rater ma vie
est-ce que je suis en train de rater ma vie ?
j’ai peur de ce qu’on ne voit pas
la peur est là
elle ne se voit pas
tapie
prête à surgir
oppression
peur
terreur
c’est la peur qui nous rend lâche
peur, j’ai peur pour mes enfants
peur, j’ai peur de vieillir
j’ai peur de tomber malade
j’ai peur de mourir dans d’atroces souffrances
peur, j’ai peur de mourir
peur, j’ai peur de vivre
j’ai peur d’être seul
j’ai peur de ne pas être seul
j’ai peur de ne pas y arriver
j’ai peur d’y arriver
j’ai peur que tu viennes
j’ai peur que tu ne viennes pas
j’ai peur de rater ma vie
peur, j’ai peur de vivre
peur, j’ai peur sur la route
j’ai peur pour mes examens
j’ai peur de perdre mon travail
peur, j’ai peur quand tu te mets en colère
j’ai peur du vent qui fait craquer la maison et crier les arbres
peur, j’ai peur de finir seul
j’ai peur de tomber enceinte
j’ai peur de tomber malade
peur de devenir sourd
peur de ce que je vais entendre
peur de ce que ne vais plus entendre
j’ai peur de ne pas m’endormir
peur de ne pas me réveiller
j’ai peur de ce qu’on va penser de moi
peur qu’on ne pense plus à moi »



CALENDRIER

PREMIÈRES ÉTAPES

Août 2007 > présentation d’un travail sur les peurs (Sales vieilles peurs), au Nombril du Monde – Pougne-Hérisson (79)
Juin 2008 > Premier chantier de création (sur un parc d’attraction de monstres) , Festival Court Toujours, Scène Nationale de Poitiers (86)
L’atelier du spectateur (à parti de mai 2009)

CALENDRIER DE CRÉATION
Novembre 2008 à fin 2009 > Collectages, écriture et chantiers publics
à partir d’avril 2009 > Répétitions en résidence dans les lieux partenaires, Pôle sud à Chartres de Bretagne (35)

CRÉATION: Automne 2010

COPRODUCTIONS ET PARTENARIATS
Le Nombril du Monde / Pougne Hérisson (79)
Théâtre Le Strapontin / Pont Scorff (56)
Paroles Traverses / Festival Mythos, Rennes (35)
Le Pôle Sud, Chartres de Bretagne (35)



ÉQUIPE DE CRÉATION

ANNE MARCEL
Mise en scène, sénographie et collaboration à l ‘écriture
Metteur en scène et comédienne, elle travaille en électron libre avec différentes compagnies depuis 1993. Formation classique au conservatoire de Tours, puis auprès de JL. Cochet, C. Boso, F. Faye, G. de Facques, B. Bidaude, P. Matéo, afin d’acquérir des connaissances pluridisciplinaires. Artiste associée au Nombril du Monde, elle s’intéresse aux formes narratives du spectacle. Elle a notamment créé et mis en scène, « Le petit monde Monsieur Franck » (co-production Scène Nationale d’Angoulême et Le Beau Monde) et a collaboré à l’écriture et à la mise en scène de « Tracteur Cheval », avec JC. Botton. Elle joue actuellement « Ce qui mène le monde », avec Clotilde Gilles au violoncelle. Elle a déjà travaillé avec Nicolas Bonneau sur « Sortie d’Usine » en 2006 et « Inventaire 68, un pavé dans l’Histoire » en 2008.


Regard dramaturgique : auteur de polar français (en cours)

Conseils journalistes : Céline Chaudeau et Nicolas Jury

Conseils pour la mythologie : Alain Le Goff


Régie Générale : Jean-Charles Esnault

Lumière : en cours


Musique : composée par le groupe Moriarty

Commentaires

ca donne rudement envie de le voir se construire ce Rôde movie...

Ecrit par : Marine | 30.01.2009

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