13.05.2009
SORTIE D'USINE (création 2007)
SORTIE D’USINE !
[ Récit du monde ouvrier ]
à la rencontre de Gilbert Simoneau...

« Un patron, quand il te donne ça,
dès que tu relâches la pression, il te le reprend aussitôt »
Voir un extrait de Sortie d'Usine (Vassivière, août 2007)
http://www.dailymotion.com/video/x3rnq9_nicolas-bonneau-s...
écouter un extrait (présentation de l'atelier de confection)
photos à "l'étincelle", à Rosporden (Finistère, 2009)
http://joomeo.fr/showcase.php?id=79f7c78040cfcb7345ed73a0...
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Au sujet de l’Usine.
« Tu vois, se réapproprier sa mémoire,
c’est quand même mieux que de l’oublier, non ? Non ?»
(extrait d’un témoignage)
La question a souvent été posée au cours de ces derniers mois : « pourquoi un tel sujet ?
— Pourquoi tu fais ça ? ont demandé nombre d’ouvriers lors du collectage.
— Un spectacle sur l’usine, hum, intéressant, ont répondu certains autres.
— Ça intéressera personne ton truc !
D’autres encore ont dit : «Pour qui il se prend celui-là, pour parler de l’usine, il est pas ouvrier !», et en général, ce n’était pas des ouvriers non plus.
Alors se pose la question de la légitimité de cette prise de parole.
Et puis, on ne se la pose plus, parce qu’en parler, et essayer de le faire honnêtement, c’est déjà y répondre.
"
Un soir, mon père est rentré, en disant :
— c’est fini, j’arrête l’usine, je me barre. »
On a rigolé.
Ça fait dix ans qu’il dit ça.
— C’est fini, j’arrête, j’en ai marre d’être pris pour un con.
— Il te reste plus que dix ans à tirer, tu peux bien aller jusqu’à la retraite, pourquoi tu fais des histoires, a dit ma mère.
Et il a arrêté son métier de soudeur.
J’ai trouvé ça tellement courageux. Je me suis rendu compte que je ne m’étais jamais demandé ce qu’il avait fait pendant ces 35 dernières années.
Je me suis souvenu qu’à l’école, en face de profession des parents, je mettais "employé d’usine", parce que j’avais honte d’écrire "OUVRIER".
(extrait du spectacle)
On semble parfois oublier, qu’il existe encore en France une classe ouvrière : on délocalise, on met à la retraite, on licencie, on privilégie le secteur tertiaire…
On reste figé sur des clichés d’usine, ceux des années 50, notamment.
Derrière le mot Usine, il y a la culture ouvrière, des familles, des métiers pénibles, des savoir-faire, des rêves, des peurs, des souffrances.
Derrière le mot Usine, il y a ce qu’on imagine, il y a ce qu’on connaît et ce qu’on ne connaît pas. À part les ouvriers, qui connaît vraiment l’Usine ?
Quel est le sens du mot « travail » aujourd’hui ; et d’ailleurs, quel sens a ce mot ?
Quel vocabulaire pour quels gestes ?
Quelles vérités ces hommes et ces femmes ont-ils à nous révéler sur l’évolution de notre société? L’usine a changé depuis 50 ans. Les hommes et les femmes aussi.
Autour du monde ouvrier, la petite et la grande histoire se rencontrent, pour des récits puisés auprès de ceux qui les ont vécus.
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Sortie d’usine : Qui sont-ils ?
Gilbert sort du lotissement qui le conduit chaque matin à l’usine. Un atelier d’usinage dans une usine de chimie lourde. Sa femme travaille dans la confection. Juste à côté, dans le marais, les tuileries ont presque toutes fermé. Ce matin, coup de fil de l’agence d’intérim. Sylvia trouve que le boulot de sa mère, « c’est vraiment l’enfer ». Hier soir dimanche, veille du lundi matin et du boulot qui reprend, Marie-Claire a encore vomi. Il faut souder la cuve dans la poussière de Chrome et de Nickel. L’usine c’est la mort parfois. Parfois aussi, on rigole.
Il y a des usines désaffectées, des montées à Paris pour la manif, des syndicats et des piquets de grèves, des coups de gueules et des coups à boire, des matins difficiles et des quotidiens qui ne demandent qu’à chanter.
"
— Alors, qu’est-ce qu’il vous a appris mon Gilbert ? Il est beau mon Gilbert, c’est un doux, un rêveur, jamais un mot plus haut que l’autre contre son patron. C’est pas vrai, Gilbert ? T’es comme ton père… Gilbert, il s’engage pas…
Gilbert a posé sa main sur la table.
—Demain, 4H00. Je t’y emmène, moi, dans la grande forteresse. "
(extrait du spectacle)
Le spectacle « Sortie d’usine »est aussi une enquête, l’enquête d’un fils d’ouvrier qui cherche à comprendre pourquoi son père a arrêté l’usine au bout de 35 ans.

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Le collectage.
En mai 2006 a commencé une période de collectage dans la région Poitou-Charentes et plus particulièrement en Deux-Sèvres. Donc, des usines dans un contexte rural.
Pendant plusieurs mois, certains ont accepté de parler : des retraités, des actifs, des syndiqués de tous bords, hommes, femmes, militants, résistants, cheminots, infirmières, cadres, patrons…
D’autres ont refusé : « C’est déjà suffisamment pénible en ce moment, avec les licenciements, alors si en plus faut en parler le soir. »
Des usines de différents secteurs se sont laissé approcher: métallurgie, pétrochimie, automobile, plasturgie, confection, chaîne du froid, laiterie, tuilerie, usines désaffectées.
Ils ont ouvert leur porte, celle de leur maison, celle de leur usine, celle de leurs souvenirs.
Ils disaient : « On rien à dire… », mais leurs paroles étaient la vie même.
Les voix se rassemblent, témoignages d’une réalité sociale, d’humains ordinaires qui posent leur regard sur la société, les Petits et les Grands de ce monde, l’évolution du politique et de l’économique, la mondialisation, la famille, le temps qui passe au quotidien, les combats menés et ceux qui restent à gagner.
« Pendant votre spectacle, j’étais en colère,
et puis par moments, apaisé d’avoir entendu ces mots.
On n’entend jamais ces mots au théâtre…»
(extrait d’un témoignage)
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Équipe de création.
De et par Nicolas Bonneau.
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Mise en scène et collaboration à l’écriture :
Anne Marcel.
Metteur en scène et comédienne, elle travaille en électron libre avec différentes compagnies depuis 1993. Formation classique au conservatoire de Tours, puis auprès de JL. Cochet, C. Boso, F. Faye, G. de Facques, B. Bidaude, P. Matéo, afin d’acquérir des connaissances pluridisciplinaires. Artiste associée au Nombril du Monde, elle s’intéresse aux formes narratives du spectacle. Elle a notamment créé et mis en scène, « Le petit monde Monsieur Franck » (co-production scène nationale d’Angoulême et Le Beau Monde) et a collaboré à l’écriture et à la mise en scène de « Tracteur Cheval », avec JC. Botton.
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Lumières :
David Mastretta.
Avant d’être créateur lumière, notamment pour le groupe musical Julot Torride et différentes troupes théâtrales à Poitiers et dans le Limousin, il a été correspondant local pour le Populaire du Centre, projectionniste, a passé une licence d’ethnologie. De toutes ces expériences, il a acquis une sensibilité propre à nourrir son travail artistique.
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Scénographie du spectacle :
Vanessa Jousseaume.
Scénographe, elle co-dirige depuis 2003 la compagnie Les Oreillers Rouges (Chef-Boutonne, 79). Elle s’intéresse particulièrement à l’articulation entre les Arts vivants et l’architecture, le patrimoine. Elle est préoccupée par l’accompagnement scénographique du conte et par la recherche d’équilibre entre le décor et la parole. Elle est également diplomable en architecture.
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Lieux de représentation.
Le spectacle a été créé dans une configuration classique de salle en frontal.
La scénographie et la lumière sont cependant adaptables à des lieux non spécifiquement théâtraux, dans une mise en scène plus minimaliste.
Il est également envisagé de pouvoir adapter l’espace de représentation à des lieux industriels tel que friches, usines, laiteries...
18:00 Publié dans SORTIE D'USINE | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : nicolas, bonneau, conteur, conte, usine, ouvrier, social
12.05.2009
Inventaire 68 (création 2008)
INVENTAIRE 68,
UN PAVÉ
DANS
L’HISTOIRE
De et par Nicolas Bonneau
Mise en scène, Collaboration à l'écriture : Anne Marcel
Lumières: David Mastretta
création festival Mythos 2008

Après l’aventure de Sortie d’Usine, d’après un collectage auprès d’ouvriers et dans des usines du Poitou-Charentes, Nicolas Bonneau continue d’interroger la mémoire sociale et politique de notre époque.
Ce « 68 » se veut tout à la fois ludique et humain, politique, polémique et porteur d’espoir.
Contribution à la mémoire de ceux qui ont vécu ces événements, de près ou de loin, sans concession ni glorification, en interrogeant notre histoire récente.
Étudiants, travailleurs, politiques, mouvements féministes, syndicats, ouvriers, bourgeois, enfants de 68, mais aussi ceux pour qui 68 n’a pas eu lieu, tous seront convoqués pour vous faire revivre ces événements.
68 expérience- cabaret politique et clandestin
Un spectacle en forme d’expérience, d’expérimentation.
Dans un lieu transformé pour l’occasion en cabaret politique, un homme vient, il raconte, la petite et la grande Histoire, les mots, les événements, les personnages apparaissent, les situations se mélangent, il rentre dans l’image, s’en sert, l’utilise ou se fait utiliser par elle.
Il questionne 68 pour faire résonner 2008.
On va rigoler, on va s’engueuler, on va se rencontrer.
Lancer nous aussi notre petit pavé.
collectage musical: les nouveaux partisans

Que sont-ils devenus, ceux de 68 ? Qu’en reste t-il aujourd’hui, dans un contexte ou 68 est montré du doigt et ou la révolution conservatrice s’impose.
68 reste un symbole fort, malmené ou glorifié, avec ses détracteurs et ses défenseurs. Une statue à déboulonner ou dont il faut s’inspirer.
« Moi, en 68, j’étais pas né.
Est-ce que dans mon coin de campagne, 68 a eu lieu ? Pas sur.
J’avais 15 et ça me faisait rêver, j’écrivais les slogans de 68 sur les murs de ma chambre. Ma mère gueulait, 68 elle s’en souvient pas.
Dès que je parle de cette période à des gens qui ont l’âge de l’avoir vécu, où à leurs enfants, la parole se met en marche, souvent volubile, avec des opinions souvent très tranchées, avec des choses à raconter, un âge d’Or. Ou bien le contraire, un énervement et un geste de la main qui balaie toute cette période comme on balaie un mauvais souvenir.
C’est ce matériau-là qui m’intéresse le plus. Les gens.
L’imaginaire aussi, celui des mots, des chansons, des figures, des symboles, des peurs ou des goûts de révolte.
À l’heure où l’on entend tout et son contraire sur cette période, j’ai envie d’explorer les paroles de ceux qui ont vécu ces années, comme un bout d’histoire qui a des similitudes et des répercussions sur nos vies d’aujourd’hui.
Comment Raconter 68?
Raconter les événements.
Le mois de mai au jour le jour, comme on raconte une histoire dans l’Histoire.
« La France s’ennuie », titrait un grand quotidien du soir. Ailleurs dans le monde, ça bouge. Comment ça a démarré, premières barricades, relais des médias, grèves dans les usines, manifs, France bloquée, plus d’essence, De Gaulle rend visite à Massu, ouverture des pompes à essence, élections… Un vrai suspens à raconter.
(Voir Presse)
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“Nicolas Bonneau se nourrit de la petite histoire des gens pour raconter les grandes luttes sociales, pour rendre hommage aux “déshérités”, aux humbles, mais aussi pour pousser un coup de gueule ! Il nous rappelle sans cesse qu’être artiste est une fonction et non une profession.” Maël Le Goff
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18:00 Publié dans INVENTAIRE 68, UN PAVÉ DANS L'HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : 68, conte, bonneau
11.05.2009
SPECTACLE FAMILIAL: LA TRÈS VÉRIDIQUE ET LAMENTABLE ODYSÉE DU PEUPLE DES NAINS
LA TRÈS VÉRIDIQUE ET LAMENTABLE ODYSSÉE DU PEUPLE DES NAINS
SPECTACLE FAMILIAL à partir de 7 ans
Conte-Récit > NICOLAS BONNEAU

> durée 55 min
Mise en scène: Anne Contensou
Mise en jambe: Anne Marcel
Création lumière et sonore: David Bregardis
Production: Cie La Volige
Co-production: le Strapontin, scène des arts de la Paroles à Pont-Scorff et Cie Bouche Bée (75)
Une Odyssée, c’est un long voyage que l’on fait pour rentrer chez soi.
Comme Ulysse, le Peuple des Nains veut rentrer chez lui, fuir le monde dangereux des Hommes pour retrouver l’île féerique et paradisiaque d’Avalon.
Mais la route est longue, peuplée de rencontres, d’animaux sauvages, d’autoroutes et de caravanes, de trains lancés à toute vapeur et de vols d’oies sauvages… Entre noyade et traversée des océans, rigolades et engueulades, s’il n’en reste qu’un, ce sera lui, Niki… Le dernier survivant du Peuple des Nains.
Nicolas Bonneau enfile son costume de Populo-Nanologue* pour construire un monde délirant, au croisement du conte traditionnel et de la science-ficiton. Entre faux discours scientifiques et vrais imaginaires, il rend hommage aux récits mythiques de son enfance.
« Un jour, Niki est venu dans ma chambre. J’avais 10 ans, la varicelle et pas le droit de sortir, alors chaque soir, il me racontait son histoire.
C’est grâce à lui que je suis devenu Populo-nanologue, c’est depuis notre rencontre que j’étudie le Petit Peuple caché des Nains. Je cherche des traces de leur passage. Pour comprendre. Comprendre pourquoi les hommes les ont un jour chassés de nos maisons, et pourquoi aujourd’hui, il ne reste plus d’eux que de ridicules statues de plâtres qui ornent nos jardins ! » N.B.
« Quand Nicolas m’a parlé de son histoire de varicelle, de convalescence et d’ennui, j’ai pensé aux cabanes éphémères que les enfants aiment à construire dans leurs lits pour planter le décor des histoires qu’ils se racontent.
Nous avons donc pensé une scénographie inspirée de ces cabanes d’autrefois
Un espace simple, pour laisser les mots jouer leur rôle. Et dynamique, pour créer des images.
Un lit intime et douillet pour se raconter.
Mais aux draps assez vastes pour accueillir une odyssée !» Anne Contensou
• POPULO NANOLOGUE : nom masculin, vient du latin populo (peuple), nano (nain), logue (science) et désigne un spécialiste qui étudie la science du Peuple des Nains.
télécharger le dossier:
DPnains.pdf

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18:00 Publié dans SPECTACLE FAMILIAL: LE PEUPLE DES NAINS. | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : jeune public, conte
08.05.2009
Jacques B, enquête sur un tueur en série (création janvier 2011)
Le suivi de l'enquête sur alarecherchedejacquesbonneau.blogspot.com/
Après une immersion dans le monde social et politique, avec « Sortie d’usine » et « Inventaire 68 », Nicolas Bonneau continue d’interroger notre société, et cette fois-ci, il s’attaque au fait-divers.
Le fait-divers, comme le roman noir, dévoile la face cachée des choses, de la société, de l’être humain.
Malgré nos réticences (parfois) au voyeurisme, les faits-divers nous fascinent, car ils réveillent une part enfouie de nous-même. Lequel d’entre nous n’a pas un jour refreiné une pulsion ou une pensée hors la loi ? Quelle est notre propre barbarie ? Pourquoi certains passent à l’acte ?
Pour traquer le fait-divers, Nicolas Bonneau a choisi de s’attaquer au parcours d’un tueur en série ; non pas pour dresser un portrait complaisant de ce cas extrême, mais pour enquêter sur tout ce qu’il y a autour, les familles, les victimes, questionner la justice et la société.
Et aussi raconter une enquête —noire, burlesque et palpitante, celle du conteur roulant en Picardie sur les traces de Jacques B. et qui ne sait ce qu’il va découvrir…
L'ÉLÉMENT DÉCLENCHEUR
« Un soir, en regardant une émission sur les tueurs en série à la télévision (le serial-killer est à la mode ces temps-ci), j’ai vu apparaître la photo d’un tueur qui avait sévi en Picardie, à la fin des années 80.
Un homme qui portait le même nom que moi. Bonneau. Prénom Jacques. La voix off du documentaire répétait sans cesse son nom, mon nom, qui résonnait dans la pièce, et à chaque fois je ne pouvais m’empêcher de sursauter et de vouloir éteindre le poste devant la liste de ses crimes et à chaque fois, je restais fasciné par l’écran. À partir de ce soir-là, mes nuits se sont faites plus blanches, les cauchemars sont devenus plus présents ; je ne pouvais m’empêcher de penser à lui. On aurait dit qu’il m’envahissait. Qu’avait-il à me dire ? Et puis un matin, j’ai pris ma voiture et je suis parti. À sa recherche. Parcourir la Picardie en voiture. De chambres d’hôtels en restaurants routiers. Aller à sa rencontre. Sur ses traces. Rencontrer ceux qui l’avait connu, ses parents, son avocat, les parents de ses victimes, un chroniqueur judiciaire… et j’ai atterri devant sa prison… Je m’imaginais face à lui, le monstre, comme devant un miroir, fasciné par mon double noir, mon propre monstre et mon frère humain pourtant… »
ROAD-MOVIE
C’est un road-movie français
C’est mon western
Mon film de guerre
Mon Apocalypse Now
Ma plongée au cœur des ténèbres
Mon enquête du commissaire Adamsberg
Mon côté obscur de la force
C’est une plongée vers l’intérieur
La part animale
La part sombre
Tout ce qui fait aussi l’Homme
C’est un road-movie physique et mental
à la recherche de mon propre monstre
C’est un voyage au centre d’un pays,
jusqu’à s’y enfoncer de plus en plus et devenir ce pays
S’enfoncer au centre d’un monstre
Devenir ce monstre, devenir ténèbres
Pas pour pardonner
ou excuser
ou être complaisant avec l’horreur et la douleur
Mais pour tâcher de comprendre cette part de notre humanité
Que ça rentre dans l’âme et le corps
S’oublier
S’enfoncer dans la nuit
Se perdre dans une forêt profonde
Dans cette horreur si inhumaine qu’elle contient peut-être une parcelle d’explication sur ce que nous sommes
METTRE LE MONSTRE EN SCÈNE
Au journal télévisé, les présentateurs et les reportages égrènent les faits- divers, les uns après les autres, jusqu’à rendre cela inaudible.
Le monstrueux devient banal. En les mettant sur une scène, le monstre redevient effrayant et humain et nous montre ce que nous ne voulons pas voir chez nous-même.
Autour d’une scénographie représentant un élément central lié à la route, le conteur alterne récit, narration, adresses directes au public, confidences, incarnation de personnages et de situations.
Des couches qui se superposent et s’imbriquent les unes aux autres.
Le son et la musique qui agissent comme des révélateurs physiques et émotionnels.
Une mise à distance crée par des moments de sonorisation au micro pied.
La lumière qui crée l’ombre et la lumière.
L’enquêteur se met lui-même en scène, raconte son enquête, passant du grave à l’humour des situations.
Il y a l’enquête, le trajet, la forme du Road-Movie
Il y a la matière humaine, fruit du collectage, du regard, des rencontres.
Il y a le thriller, polar noir, l’histoire du tueur.
Il y a la parabole, celle qui rejoint le mythe et la quête intérieure.
TENTATIVE DE DÉFINITION D’UN MONSTRE
Le premier sens du mot Monstre vient de montrer, faire paraître au regard. Cela peut désigner un être au physique et aux mœurs étranges. Un être de légende, être mythologique. Quelqu’un de bizarre, d’extraordinaire, de prodigieux.
Et puis, il y a le Monstre qui dévore l’intérieur, celui qui franchit les frontières du mal, qui passe au-delà des règles sociales. Le barbare. Celui que nous ne voulons pas voir. Celui qui nous dégoûte en même temps qu’il nous fascine.
Les tueurs, les assassins, les monstres, les bourreaux, le diable…
Eux dont la télévision et la presse se délectent. Ils nous montrent quelque chose de nous-même. Quelque chose de nous que nous ne voulons pas voir. Qu’ont-ils à nous dire de notre part d’ombre ?
Les monstres nous dérangent, nous perturbent, parce qu’ils font parti de nous, qu’ils sont humains comme nous, qu’ils ont franchi la frontière du mal, se sont affranchis des règles sociales, les monstres nous font peur, parce que nous avons peur de nous-mêmes, peur de notre propre monstre, celui qui attend, là, tapi dans le noir, que nous lui laissions la possibilité, soudain, de prendre le pouvoir.
LE TRAJET ( REGARDER)
Qui dit Road-Movie, dit voiture. En voiture, on est dans le mouvement, on s’arrête, on repart, on regarde, on tourne la tête, et on voit autre chose. Quand le regard du conteur rejoint le procédé cinématographique, le paysage devient décor, la route devient la métaphore du fleuve noir remontant vers la sauvagerie, celle qui se trouve à l’intérieur de chacun.
LES PARCELLES DE LA MÉMOIRE
« Quand quelqu’un commet un crime, une horreur jamais commise jusque-là, alors il ouvre un tunnel et d’autres s’y engouffrent.
Quand on voit quelque chose de monstrueux, quelque chose s’en détache et reste en vous. Toute chose très belle ou très laide abandonne un fragment d’elle dans les yeux de ceux qui les regardent. On sait cela. C’est d’ailleurs comme cela qu’on les reconnaît. À cette parcelle qui demeure. Et après, on les range, ces petits bouts de choses qu’on a vues, on les dispose en étoile dans un grand carton qui s’appelle la mémoire. Impossible de les jeter. La mémoire n’a pas de poubelle. »
Fred Vargas
ENQUÊTER, COLLECTER, GLANER
Le collectage sera de nouveau au cœur de l’écriture, mais cette fois –ci, conduit comme une enquête, sur les traces du tueur. Ses lieux, ceux qui l’ont connu, croisé.
Des rencontres, avec des journalistes, des victimes ou parents de victimes, chroniqueurs judiciaires, brigade anti-viol de Paris qui assure notamment le suivi des victimes, avocats…
Des ateliers d’écritures dans les prisons.
Le tout rythmé par une auto-collecte sous la forme d’un journal de bord filmé.
LES MYTHES
Les mythes fondateurs d’avant les grandes religions monothéistes regorgent de monstres : mythes grecs, mésopotamiens, nordiques, amérindiens.
Les mythes sont les représentations des questions que les hommes se posent sur eux-mêmes et sur la Barbarie, ils sont une tentative d’explication de ce que nous sommes capables d’êtres. Ils permettent de penser l’impensable, ils disent ce qui a été et ce qui se reproduira. À la à la fois proche et loin de nous, le mythe propose une vision du monde ou le bien et le mal sont intimement liés, indissociables.
EXTRAIT : PETITES PEURS INTIMES
« C’est la peur de l’autre qui engendre des systèmes de défense qu’on appelle folie.
C’est la peur qui nous fait perdre conscience
et c’est aussi la peur qui nous rend lâche
Elles sont là
Enfouies
En nous
À l’intérieur de nous
Viennent de loin
Depuis longtemps
Viennent de loin
Depuis la nuit des temps.
Viennent du dedans.
Elles sont là
Enfouies.
En nous.
Elles...
Ce sont nos sales vieilles peurs
J’ai peur
J’ai peur que la peur me fasse peur d’avoir peur
j’ai peur des hommes
j’ai peur des femmes
des enfants
j’ai peur de ne pas pouvoir payer ma prochaine facture d’électricité
j’ai peur de tomber
j’ai le vertige
y’a trop de monde ici
j’ai peur de ne pas me réveiller
j’ai peur du monstre qui est en moi
j’ai peur d’être un monstre
est-ce que je suis un monstre ?
j’ai peur de rater ma vie
est-ce que je suis en train de rater ma vie ?
j’ai peur de ce qu’on ne voit pas
la peur est là
elle ne se voit pas
tapie
prête à surgir
oppression
peur
terreur
c’est la peur qui nous rend lâche
peur, j’ai peur pour mes enfants
peur, j’ai peur de vieillir
j’ai peur de tomber malade
j’ai peur de mourir dans d’atroces souffrances
peur, j’ai peur de mourir
peur, j’ai peur de vivre
j’ai peur d’être seul
j’ai peur de ne pas être seul
j’ai peur de ne pas y arriver
j’ai peur d’y arriver
j’ai peur que tu viennes
j’ai peur que tu ne viennes pas
j’ai peur de rater ma vie
peur, j’ai peur de vivre
peur, j’ai peur sur la route
j’ai peur pour mes examens
j’ai peur de perdre mon travail
peur, j’ai peur quand tu te mets en colère
j’ai peur du vent qui fait craquer la maison et crier les arbres
peur, j’ai peur de finir seul
j’ai peur de tomber enceinte
j’ai peur de tomber malade
peur de devenir sourd
peur de ce que je vais entendre
peur de ce que ne vais plus entendre
j’ai peur de ne pas m’endormir
peur de ne pas me réveiller
j’ai peur de ce qu’on va penser de moi
peur qu’on ne pense plus à moi »
CALENDRIER
PREMIÈRES ÉTAPES
Août 2007 > présentation d’un travail sur les peurs (Sales vieilles peurs), au Nombril du Monde – Pougne-Hérisson (79)
Juin 2008 > Premier chantier de création (sur un parc d’attraction de monstres) , Festival Court Toujours, Scène Nationale de Poitiers (86)
L’atelier du spectateur (à parti de mai 2009)
CALENDRIER DE CRÉATION
Novembre 2008 à fin 2009 > Collectages, écriture et chantiers publics
à partir d’avril 2009 > Répétitions en résidence dans les lieux partenaires, Pôle sud à Chartres de Bretagne (35)
CRÉATION: Automne 2010
COPRODUCTIONS ET PARTENARIATS
Le Nombril du Monde / Pougne Hérisson (79)
Théâtre Le Strapontin / Pont Scorff (56)
Paroles Traverses / Festival Mythos, Rennes (35)
Le Pôle Sud, Chartres de Bretagne (35)
ÉQUIPE DE CRÉATION
ANNE MARCEL
Mise en scène, sénographie et collaboration à l ‘écriture
Metteur en scène et comédienne, elle travaille en électron libre avec différentes compagnies depuis 1993. Formation classique au conservatoire de Tours, puis auprès de JL. Cochet, C. Boso, F. Faye, G. de Facques, B. Bidaude, P. Matéo, afin d’acquérir des connaissances pluridisciplinaires. Artiste associée au Nombril du Monde, elle s’intéresse aux formes narratives du spectacle. Elle a notamment créé et mis en scène, « Le petit monde Monsieur Franck » (co-production Scène Nationale d’Angoulême et Le Beau Monde) et a collaboré à l’écriture et à la mise en scène de « Tracteur Cheval », avec JC. Botton. Elle joue actuellement « Ce qui mène le monde », avec Clotilde Gilles au violoncelle. Elle a déjà travaillé avec Nicolas Bonneau sur « Sortie d’Usine » en 2006 et « Inventaire 68, un pavé dans l’Histoire » en 2008.
Regard dramaturgique : auteur de polar français (en cours)
Conseils journalistes : Céline Chaudeau et Nicolas Jury
Conseils pour la mythologie : Alain Le Goff
Régie Générale : Jean-Charles Esnault
Lumière : en cours
Musique : composée par le groupe Moriarty
18:05 Publié dans JACQUES B, ENQUÊTE SUR UN TUEUR EN SÉRIE (créatio | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : conte, peur, fantastique



